Mouvements de l’appareil et du sujet

Mouvement du sujet

Outre les effets dus à une mise au point défectueuse, précédemment analysés au chapitre « Profondeur de champ », la plupart des images floues ont pour origine le mouvement de l’image du sujet par rapport au film, au cours de l’exposition de ce dernier. Théoriquement, pour que le pouvoir résolvant du couple objectif-film soit aussi grand que possible, l’image du sujet devrait être parfaitement stable. Le résultat idéal n’est pratiquement jamais atteint, car le mouvement de l’image, même faible, entraîne presque toujours une légère perte de définition. Cette perte, pour un mouvement très léger de l’image, ne sera généralement pas suffisante pour être perceptible ; par contre, elle se traduira dans les cas extrêmes, par une image d’aspect « filé », dans la direction du mouvement. Le degré de flou acceptable dans une image dépend à la fois du rapport d’agrandissement que doit subir le négatif ou la diapositive, de la distance d’examen de cet agrandissement, ainsi que de la nature et de la destination de la photographie.

Par exemple, alors qu’on exigera d’une photographie documentaire, que chaque détail soit parfaitement visible, on sera évidemment moins sensible au léger manque de netteté provoqué par le mouvement de l’appareil, dans une photographie artistique ; dans certains cas, comme nous le verrons ultérieurement, on recherchera même un certain degré de flou.

 

Deux causes de flou

Il existe au cours de l’exposition du film, deux causes de flou dues au mouvement de l’image du sujet : l’une a pour origine le mouvement de l’appareil lui-même par rapport au sujet, l’autre à l’inverse, le mouvement du sujet par rapport à l’appareil. Bien qu’elles aient toutes deux pour effet de donner des images floues, nous les étudierons séparément car les moyens de contrôle à mettre en œuvre sont très différents.

Mouvements de l’appareil.

Le « bougé » de l’appareil, qui résulte du mouvement involontaire de l’appareil, par rapport au sujet, est très souvent, sinon toujours, la conséquence de l’inaptitude du photographe à maintenir son appareil parfaitement stable pendant la prise de vue.

 

Choix de la vitesse d’obturation

Il peut être réduit au minimum, en opérant à des vitesses d’obturation aussi élevées que possible (il va sans dire que si l’appareil bouge en cours d’exposition, l’importance du bougé, et par conséquent, celle du flou qui en résultera, sera d’autant plus grande que la durée de la pose aura été plus longue). Il est quasi impossible d’énoncer une règle définissant la vitesse la plus lente qui puisse être pratiquée, avant qu’apparaisse le flou du bougé, car l’aptitude à tenir fermement l’appareil varie d’un individu à l’autre et, pour une même personne, en fonction de sa forme physique. Ainsi, est-on moins apte à bien tenir un appareil après un exercice physique violent (ce risque doit être présent à l’esprit lorsqu’on doit prendre une photographie après une marche rapide pour atteindre l’emplacement désiré). Disons simplement, à titre indicatif, que pour des images prises à la main, avec un objectif normal, la vitesse d’obturation minimale doit être de 1/60 s pour un appareil 24 x 36 équipé d’un objectif standard de 50 mm. Elle doit être accrue si la focale de l’objectif utilisé est plus grande. La raison en est évidente et peut être facilement démontrée, si l’on compare les images produites par deux appareils, l’un équipé d’un objectif de focale normale, 50 mm par exemple, l’autre d’un téléobjectif moyen, 100 mm par exemple.

Si les deux appareils subissent le même mouvement, c’est-à-dire si la vitesse angulaire de ce mouvement est la même pendant l’exposition du film, ils parcourront tous deux le même angle pendant un temps déterminé. Or, l’angle de champ de l’objectif de 100 mm étant moitié moindre de celui de l’objectif de 50 mm, il en résultera que le rapport entre l’angle de mouvement et l’angle de champ sera, pour le 100 mm, double de ce qu’il est pour le 50 mm et que, de cette façon, l’effet du mouvement de l’appareil sur la netteté de l’image, sera deux fois plus grand avec l’objectif de 100 mm.

Un appareil très léger est beaucoup plus sensible au bougé qu’un appareil plus lourd, ce qui implique le choix d’une vitesse d’obturation plus élevée ; cela s’explique par le fait que plus un appareil est léger, plus son inertie est faible et moins la force nécessaire à le déplacer est grande. Toutefois, de nombreux appareils compacts 24 x 36 et même 110 sont dotés désormais d’un déclencheur extrêmement sensible permettant d’opérer à des vitesses plus longues et d’éviter ainsi le bougé de l’appareil.

 

Tenue de l’appareil

 La façon de tenir et de déclencher un appareil exerce une influence considérable sur I’amplitude du mouvement susceptible de se produire au moment de l’exposition. Bien que la position des mains sur l’appareil soit plus ou moins imposée par la forme de ce dernier et par l’emplacement des divers réglages, on doit s’exercer à rechercher la position la plus confortable, à savoir celle qui permet la meilleure prise en mains et l’accès le plus facile aux divers contrôles. Ainsi, l’appareil doit-il être tenu fermement, mais sans provoquer une tension excessive des muscles de la main et des doigts qui pourrait constituer une cause involontaire de mouvements légers susceptibles de faire bouger l’appareil. Idéalement, le photographe devrait adopter une position du corps aussi détendue et confortable que possible car toute tension risque d’accroître le bougé de l’appareil.

En pratique, le choix de certains emplacements de prise de vue peut conduire à des positions très inconfortables, mais il existe malgré tout, là aussi, des attitudes du corps mieux adaptées que d’autres à ces situations particulières.

Par exemple, il est beaucoup plus agréable pour photographier sous un angle assez bas, soit de s’asseoir sur un objet approprié certains photographes utilisent leur mallette de transport d’appareils soit de se mettre à genoux, plutôt que de s’asseoir sur les talons, dans une position difficile à maintenir. Cette dernière position complétée par un appui des coudes sur les genoux, peut cependant accroître la rigidité du corps.

Au moment de la prise de vue, le déclenchement de l’obturateur doit se faire d’un mouvement très doux et sans saccades, car toute vibration du déclencheur se traduira par une vibration de l’appareil.

 

Le « moment idéal » de la prise de vues

Souvent, le moment idéal pour prendre une photographie ne dure qu’un bref instant ; c’est le cas lorsqu’on photographie des enfants ou des animaux. Dans le cas où on utilise un appareil dont la course du déclencheur est longue, on devra exercer une première pression sur le déclencheur au moment où l’attitude du sujet semble la plus intéresssante ; 11 suffira d’appuyer davantage au moment le plus favorable (quelques essais « à vide » permettront vite de déterminer dans quelle mesure on peut appuyer sur le déclencheur, sans déclencher l’obturateur).

 

Mouvement du sujet

L’effet du mouvement du sujet par rapport à l’appareil est similaire à celui de l’appareil lui-même car, dans les deux cas, le déplacement de l’image par rapport à la surface du film, constitue une cause potentielle de perte de netteté, dont l’importance dépend de la vitesse d’obturation et de la rapidité avec laquelle l’image du sujet parcourt la surface du film. Mais à la différence du bougé d’appareil, presque toujours indésirable, le flou de mouvement peut, dans certains cas, contribuer à mieux traduire la sensation de mouvement du sujet.

Choix du film

Si l’on veut que l’image du sujet présente une très grande netteté, il faut opérer à une vitesse d’obturation aussi élevée que possible, tout en sachant que cela entraîne l’emploi d’une grande ouverture et, par conséquent, une réduction de la profondeur de champ. Pourtant, la prise de vue en gros plan de fleurs agitées par le vent, demande à la fois une vitesse élevée, pour figer leur mouvement, et une ouverture relativement petite, pour bénéficier

d’une profondeur de champ suffisante. Pour la plupart des sujets, la seule façon de concilier ces deux exigences, consiste à utiliser un film de haute sensibilité, même si la qualité de l’image doit en souffrir quelque peu, en raison du grain qui affecte les films les plus rapides.

 

Choix du moment

Dans de nombreux sports, le mouvement du sujet n’est pas continu et nul. C’est le cas, notamment, du saut à la perche, où le mouvement du sauteur, lorsqu’il atteint le sommet de sa trajectoire, est relativement faible, comparativement à celui des phases ascendante et descendante du saut. Bien qu’il s’agisse là d’un exemple extrême, de nombreux autres sports présentent des phases similaires, que le photographe doit savoir saisir, s’il

veut obtenir des images plus nettes que celles qu’il réaliserait lorsque l’action se trouve dans sa phase la plus rapide.

La vitesse d’obturation nécessaire pour arrêter un mouvement ne dépend pas uniquement de la vitesse de celui-ci, mais aussi de sa direction par rapport à l’appareil. Ainsi, la vitesse relative d’un mobile est-elle moindre lorsque ce dernier se rapproche ou s’éloigne, dans l’axe de l’appareil, que lorsqu’il traverse le champ de prise de vue, et la  vitesse d’obturation, pour le figer, peut être moindre.

S’il est vrai que les photographies sportives publiées dans les journaux et  magazines sont généralement excellentes, en ce sens que l’opérateur a su saisir l’action au bon moment et que tous les détails du sujet sont parfaitement visibles, la netteté même de ces images ne permet souvent pas de donner une réelle impression de vitesse.

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