Description

Endromis versicolora (L. 1758) ou Bombyx versicolore (Kentish glory pour les Anglo-saxons) est un magnifique papillon de nuit, unique représentant de la sous-famille des Endromidae.

Son aire de distribution est dite « Eurasiatique », il atteint la Laponie, la Sibérie, le Caucase… en régression dans certaines régions (disparu d’Angleterre par exemple, encore quelques localités en Ecosse). En France il est présent partout (sauf en Corse), dans le sud et les Pyrénées il est cantonné uniquement en montagne, jusqu’à 2.000 m d’altitude.

Malgré sa taille importante (6/7 cm d’envergure) c’est une espèce discrète que l’on a finalement peu de chance de croiser dans la nature en se promenant.
Comme pas mal de Bombyx le mâle vole de nuit comme de jour alors que la femelle n’est que nocturne.
L’adulte ne s’alimente pas et ne vit qu’une dizaine de jours sur les réserves accumulées par sa chenille l’année précédente.

Endromis versicolora

Sa période de vol est précoce (de Mars à Mai selon l’altitude), à une époque où il fait encore souvent froid, où les arbres n’ont pas encore de feuilles, juste avant le débourrement des bourgeons.
Il fréquente les sous-bois clairs mixtes, où se trouvent les divers feuillus dont il se nourrit : Aulne, Saule, Noisetier, Tilleul, par exemple, mais surtout le Bouleau.

La première fois que j’ai rencontré ce magnifique papillon c’était en 1998, un fraiche nuit d’avril dans le haut Var avec un ami faisant une chasse de nuit à la lampe pour inventorier les hétérocères de cette région. Une femelle ayant pondu quelques œufs nous a permis de faire l’élevage durant quelques années.

Endromis versicolora femelle

Outre pouvoir observer et photographier son cycle, l’intérêt de l’élevage de cette espèce de papillon nocturne est l’obtention de femelles vierges pour la génération suivante. En effet, comme pas mal d’autres hétérocères, les femelles fraichement écloses évaginent une petite glande émettant des phéromones capables d’attirer les mâles de fort loin.

En plaçant des chrysalides de femelles dans une nasse dans des biotopes favorables ont peut ainsi attirer des mâles au printemps s’il y en a dans l’endroit prospecté. Si on retrouve dans la nasse un couple (ou des œufs fécondés s’ils ont pu s’échapper) on permet ainsi de valider sa présence ici, une cartographie régionale jusqu’à nationale est possible avec cette technique de piégeage sexuel.

Nasse
Endromis versicolora mâle

La particularité de cette espèce est d’éclore à un moment très précis, calqué sur le cycle des bouleaux locaux, de manière à ce que la période de vol additionnée à celle d’incubation des œufs coïncide pour leur éclosion au moment précis où sortent les 1ères petites feuilles de l’arbre, bien tendres, adaptées aux petites chenilles. Perfection de la nature et des interactions entre espèces.

De fait lors d’un élevage ou lorsqu’on se procure des chrysalides, selon les conditions d’hivernage (garage, frigo, altitude différente…) on peut avoir un décalage et obtenir des éclosions avant d’avoir des feuilles sur les bouleaux près de chez soi, ce qui est un pb.

Je me souviens qu’à la fin des années 90 les premiers bouleaux à avoir des feuilles dans ma région les avaient autour du 19 avril au plus tôt à 450 m d’altitude, alors qu’aujourd’hui avec le réchauffement climatique il y en a fin mars dès 700 m d’altitude.

Elevage

Les mâles éclosent un peu avant les femelles, celles-ci les attirent donc très rapidement, l’accouplement ne pose pas de pb. particulier, il dure au moins une heure, le mâle meurt peu après.

Les œufs sont pondus en chapelets sur des branchettes de bouleau, nécessaires dans la cage d’élevage, d’un diamètre de 4/5 mm minimum.
Ne pas tenter de détacher les œufs de leur support, les conserver au frais dans une boite pas trop hermétique et surveiller leur changement de couleur, sur la fin ils deviennent argentés, l’incubation peut prendre de 3 à 5 semaines.

Au départ les petites chenilles sont noires, elles ont un comportement grégaire, elles restent groupées dans une position caractéristique.

Elevage d'Endromis versicolora

A l’éclosion placer les branchettes avec les œufs et les petites chenilles dans une boite en plastique (avec couvercle pas trop étanche) contenant 1 ou 2 branchettes de bouleau avec des petites feuilles, à plat, sans chercher à les faire tremper dans l’eau, ne pas humidifier, de la lumière mais pas d’exposition au soleil. Ce premier stade est celui qui demande le plus de soins.

Chaque jour vider la boite de son contenu sur une feuille de papier, nettoyer les crottes de la boite, y remettre du bouleau puis les branches de la veille sur lesquelles se trouvent les chenilles en les réduisant au maximum avec un ciseau. Les chenilles tombées sur le papier se reprennent avec un petit pinceau en faisant tourner celui-ci délicatement, ne jamais humidifier.

Il y a 5 stades, chaque stade dure 4 ou 5 jours, en tout environ 24 jours. Au 2e et 3e stade elles « verdissent » puis se séparent.
Dès qu’elles font un peu plus d’1,5 cm on agrandi un peu la boite et on aère un peu plus en perçant le couvercle, dès qu’elles on tendance à se séparer et à bouger pas mal, passer à un aquarium quelconque bien aéré.

Elevage d'Endromis versicolora

Changer la nourriture chaque jour (noisetier ou bouleau). Attention à vérifier l’absence d’araignées / fourmis sur les branches introduites, le bouleau porte souvent des petites bêtes ressemblant à un bourgeon, elles ne posent pas de pb. s’il y en a.

A la fin du 5e stade, arrivées à terme de leur développement elles deviennent violacées (photo ci-dessous), se mettent à courir partout en vidant leur intestin, c’est qu’elles cherchent à s’enterrer au sol sous des feuilles ou de la mousse où se fera la nymphose en chrysalide.
Les placer alors dans un pot de fleur par ex. avec de la terre et de la mousse des bois, placer le tout à l’extérieur, à l’ombre, au nord par exemple, avec un grillage dessus pour éviter la visite de rongeurs, mustélidés … arroser de temps en temps.

Au bout d’un mois on peut ouvrir un cocon pour observer la chrysalide, qui va rester là pendant 9 mois, jusqu’au printemps suivant.

Dernier stade de la chenille d'Endromis versicolor
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